- 05.05.2026
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Révolution du contrôle du tabac en Europe : trois pays, une direction claire
Un changement fondamental se dessine actuellement dans la politique européenne du tabac. En l’espace de quelques semaines, trois grands pays européens ont pris des décisions qui montrent clairement une évolution dans la manière dont les États entendent traiter le tabagisme, les cigarettes électroniques et l’industrie du tabac.
Le Royaume-Uni a ouvert la voie. Le 29 avril 2026, le Tobacco and Vapes Act est entré en vigueur, un texte que des experts en santé publique qualifient déjà de l’une des lois les plus importantes de ces dernières décennies. À partir du 1er janvier 2027, la vente de tabac sera définitivement interdite à toute personne née le ou après le 1er janvier 2009. La génération actuelle de jeunes ne pourra donc jamais acheter légalement des cigarettes.
La loi renforce également l’encadrement des cigarettes électroniques : la publicité et le sponsoring seront interdits, et le gouvernement disposera de nouveaux pouvoirs pour agir contre des emballages ciblant les jeunes. L’application des règles est elle aussi renforcée : 10 millions de livres seront investis dans la surveillance du marché (Trading Standards) afin de permettre des contrôles supplémentaires, complétés par des règles de licence plus strictes et des instruments plus efficaces contre les ventes illégales. Le contexte sanitaire est clair : chaque jour, au Royaume-Uni, au moins 40 personnes meurent d’infarctus ou d’AVC liés au tabagisme.
L’Irlande suit, et ce à un moment particulièrement stratégique. Le 1er juillet 2026, le pays assumera la présidence du Conseil de l’UE avec l’objectif clair de faire avancer la révision de la directive sur les produits du tabac, notamment en ce qui concerne les nouveaux produits à base de nicotine.
Au niveau national, l’Irlande met également en œuvre des mesures ambitieuses : l’âge minimum pour acheter du tabac devrait passer de 18 à 21 ans d’ici février 2028. Les détaillants souhaitant continuer à vendre des produits du tabac ou des cigarettes électroniques devront à l’avenir s’acquitter de frais de licence annuels pouvant atteindre 1’800 euros. Deux projets de loi prévoient en outre l’interdiction des cigarettes électroniques jetables ainsi que des règles plus strictes concernant les arômes, l’emballage et la promotion des ventes. En parallèle, une campagne nationale de sensibilisation sur la nicotine et le vapotage a été lancée, ciblant spécifiquement les jeunes.
Avec la présidence du Conseil de l’UE, l’Irlande a désormais la possibilité d’inscrire ses priorités nationales à l’échelle européenne : ce qui relève aujourd’hui de la politique nationale pourrait bientôt devenir la norme européenne.
L’Allemagne mise quant à elle sur des mesures fiscales. Un projet du ministère fédéral des Finances prévoit une augmentation de la taxe sur le tabac d’environ 13 % à partir du 1er septembre 2026, suivie d’une nouvelle hausse début 2027. Au total, l’augmentation pourrait dépasser 20 %.
Le ministère des Finances table sur des recettes supplémentaires d’environ 2,8 milliards d’euros. Outre les cigarettes, les produits concernés incluent le tabac à rouler et les produits du tabac chauffé. La proposition doit encore être examinée par le Parlement et approuvée par le Bundesrat. L’industrie du tabac met déjà en garde contre une possible augmentation du marché noir.
Trois pays, trois instruments différents - interdiction de vente fondée sur la génération, réformes réglementaires portées par la présidence du Conseil de l’UE et mesures fiscales - mais une direction claire se dessine.
Pour la Suisse, qui observe encore ces évolutions, la question se pose de plus en plus : combien de temps restera-t-elle spectatrice ?