- 05.05.2026
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Les données scientifiques sont claires : le tabac à chauffer et la nicotine sont plus dangereux que ne le prétend l’industrie
Une série d’études scientifiques récentes remet de plus en plus en question le discours soigneusement construit par l’industrie du tabac et de la nicotine, selon lequel les nouveaux produits constitueraient des alternatives moins nocives. Pris ensemble, les résultats dressent un tableau sans équivoque.
Une étude de l’Université de Maastricht et de l’Institut national néerlandais pour la santé publique et l’environnement contredit directement les arguments de l’industrie. Dans une analyse de 74 études indépendantes publiées entre 2019 et 2024, les chercheurs concluent que les produits du tabac chauffé ne constituent pas une alternative sûre aux cigarettes.
Bien que ces produits soient souvent présentés comme moins nocifs, les résultats montrent que leurs émissions contiennent toujours de nombreuses substances nocives pour la santé et que des effets négatifs apparaissent déjà à court terme. Les utilisateurs présentent des modifications mesurables de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque et de l’élasticité des vaisseaux sanguins, ainsi qu’une augmentation de la résistance des voies respiratoires. Certes, ces effets sont moins marqués que chez les fumeurs de cigarettes, mais ils restent nettement supérieurs à ceux observés chez les personnes ne consommant pas de tabac. La conclusion est claire : les produits du tabac chauffé doivent être évités et réglementés avec la même rigueur que les produits du tabac traditionnels.
Le European Heart Journal va encore plus loin en élargissant la perspective au-delà des produits chauffés pour se concentrer sur la nicotine elle-même, indépendamment du mode de consommation. Dans une prise de position approfondie, il met en garde contre le fait que les produits contenant de la nicotine, qu’ils soient fumés ou non, représentent un risque croissant pour la santé cardiovasculaire.
Alors que le tabagisme continue de provoquer des millions de décès chaque année, la diffusion rapide des cigarettes électroniques, des produits du tabac chauffé et des sachets de nicotine synthétique, en particulier chez les jeunes, menace de compromettre les progrès réalisés en matière de lutte antitabac au cours des dernières décennies. Les auteurs présentent douze constats fondés sur des données probantes concernant la toxicité cardiovasculaire de la nicotine et appellent à une réglementation globale de tous les systèmes d’administration de nicotine.
Les effets du tabac dépassent en outre largement les seuls consommateurs. Une nouvelle étude publiée dans Environmental Pollution a examiné pour la première fois, sur une période de dix ans, le devenir des mégots de cigarettes jetés. Les résultats montrent qu’ils subissent des transformations microbiologiques, chimiques et toxicologiques complexes sur plusieurs années, constituant ainsi une source de pollution environnementale durable.
Compte tenu des billions de mégots abandonnés dans le monde, la pollution des sols et des eaux représente un problème persistant pour l’environnement et la santé, bien au-delà de la consommation elle-même.
Enfin, une analyse approfondie publiée dans The Lancet Oncology quantifie l’impact considérable du tabagisme sur la santé des femmes, notamment en lien avec le cancer du sein. L’étude montre qu’un mode de vie sain, incluant l’absence de tabagisme, pourrait permettre d’éviter plus d’un quart des années de vie en bonne santé perdues à cause du cancer du sein dans le monde. Le tabagisme représente, avec une part de 8 %, le deuxième facteur de risque modifiable de la charge mondiale du cancer du sein, après la consommation élevée de viande rouge. L’étude montre en outre que le nombre annuel de cas de cancer du sein devrait passer de 2,3 millions en 2023 à plus de 3,5 millions d’ici 2050, tandis que le nombre de décès annuels devrait augmenter de 44 % pour atteindre près de 1,4 million.
Du cœur aux poumons, des fonds de rivières aux services d’oncologie, les données scientifiques convergent vers une conclusion claire : il n’existe pas de seuil sûr pour la consommation de tabac et de nicotine.