- 01.10.2026
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Deux ans de LPTab : une loi déjà dépassée par le marché de la nicotine
Deux ans après l’entrée en vigueur de la loi sur les produits du tabac (LPTab), le bilan est contrasté. La Suisse a enfin introduit des règles nationales indispensables, notamment l’interdiction de vente aux mineurs et l’intégration des nouveaux produits nicotiniques. Mais contrôles insuffisants, mise en œuvre inégale et évolution rapide du marché en montrent déjà les limites.
Entrée en vigueur le 1er octobre 2024, la LPTab a fixé à 18 ans l’âge minimal de remise, créé une base légale nationale pour les achats-tests, réglementé les cigarettes électroniques et d’autres produits nicotiniques et étendu à certains de ces produits les règles relatives au tabagisme passif.
Ces avancées étaient nécessaires et ont permis à la Suisse de combler une partie de son retard réglementaire. Mais deux ans d’application posent une question centrale : la réglementation est-elle capable de protéger durablement la population face à un marché qui se transforme à très grande vitesse ?
Pour AT Suisse, ce n’est pas encore le cas.
18 ans sur le papier, mais dans les faits ?
Depuis octobre 2024, aucun produit du tabac ou de la nicotine couvert par la LPTab ne peut être remis à une personne de moins de 18 ans. Pourtant, les premiers résultats officiels montrent un écart préoccupant entre la règle et son application.
En 2025, seuls cinq cantons ont communiqué à l’OFSP avoir effectué des achats-tests selon les prescriptions de la LPTab. Sur 286 achats-tests, 77 infractions ont été constatées, soit près de 27 %. Plus de la moitié concernaient des cigarettes électroniques.
La vente en ligne pose également problème : les observations et achats-tests d’AT Suisse montrent que certains systèmes de vérification de l’âge restent insuffisants ou facilement contournables.
Le marché innove plus vite que la loi
La LPTab a intégré les cigarettes électroniques, le tabac chauffé et différents produits nicotiniques. Mais le marché évolue déjà à une vitesse à laquelle le cadre réglementaire peine à répondre.
Puff illégale achetée en ligne par AT Suisse, sans aucune vérification de l’âge
Les « superpuffs » en sont une illustration : AT Suisse a documenté en Suisse la commercialisation en ligne de dispositifs annoncés jusqu’à 150’000 bouffées, avec des concentrations de nicotine dépassant largement les limites légales. Parallèlement apparaissent continuellement de nouveaux modèles, substances, arômes et stratégies commerciales.
Pour AT Suisse, les autorités doivent pouvoir identifier et contrôler beaucoup plus rapidement les nouveaux produits et intervenir avant leur diffusion à grande échelle. La réglementation des arômes et d’autres caractéristiques augmentant l’attractivité des produits doit également être renforcée.
Deux ans après, les anciens paquets sont toujours là
Cinq paquets achetés le 21 septembre 2026 à la Coop (Take Away) de l'Eigerplatz à Berne. De gauche à droite : L&M (PMI), Camel (JTI), Mary Long (BAT, produite par PMI), Bay (marque de la Coop produite par PMI Hollande) et Muratti (PMI).
Le décalage entre nouvelle législation et mise en œuvre se voit jusque dans les rayons : des cigarettes de grandes marques portant les anciennes mises en garde sanitaires peuvent encore être achetées dans le commerce ordinaire.
Les dispositions transitoires permettent certes d’écouler les stocks produits ou importés sous l’ancien droit jusqu’au 30 septembre 2025. Mais une question se pose désormais : qui vérifie que les paquets encore commercialisés proviennent réellement de ces anciens stocks ?
AT Suisse documente cette situation à partir de paquets achetés dans le commerce ordinaire, avec photographies, marques, lieux et dates d’achat
Publicité : cinq ans pour appliquer un vote populaire
En février 2022, le peuple et les cantons ont accepté l’initiative « Enfants et jeunes sans publicité pour le tabac ». Le Parlement a adopté la révision correspondante de la LPTab en juin 2025, mais son entrée en vigueur n’est prévue qu’au début de 2027.
Près de cinq ans après la votation, la protection voulue par la population n’est donc toujours pas entièrement appliquée, alors que produits, canaux de communication et stratégies de marketing évoluent extrêmement rapidement.
Une loi fédérale, 26 réalités ?
Les cantons jouent un rôle central dans l’application de la LPTab, notamment pour les contrôles du marché et les achats-tests. Il en résulte des niveaux de contrôle et de protection qui peuvent différer considérablement d’un canton à l’autre.
Pour AT Suisse, une protection nationale des enfants, des jeunes et de la population ne devrait pas dépendre aussi fortement du canton dans lequel une personne vit ou achète un produit.
Maintenant, passer de la loi à la protection
AT Suisse demande notamment :
- des contrôles et achats-tests réguliers dans toute la Suisse, y compris en ligne, assortis de sanctions dissuasives ;
- une surveillance systématique du marché et des dispositions transitoires, permettant de vérifier l’origine et la conformité des produits ;
- une réaction beaucoup plus rapide face aux nouveaux produits et substances, afin d’identifier les infractions et stratégies de contournement ;
- une réglementation renforcée de l’attractivité des produits, notamment des arômes.
La LPTab était nécessaire et a comblé plusieurs lacunes importantes. Mais deux ans après son entrée en vigueur, la réglementation est déjà en retard sur un marché de la nicotine qui se transforme en permanence.
« La LPTab a comblé des lacunes importantes, mais elle court déjà derrière un marché qui évolue beaucoup plus vite qu’elle. La Suisse ne peut pas se contenter de réglementer les produits d’hier : elle doit être capable de protéger la population face à ceux de demain. »
Luciano Ruggia, directeur d’AT Suisse.