2026 : L’Europe hausse la fiscalité sur tabac et nicotine. La Suisse regarde ailleurs

Au mois de janvier 2026, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a lancé un nouvel appel clair en faveur d’un renforcement de la fiscalité sur les produits du tabac, rappelant que la taxation constitue l’un des leviers les plus efficaces de santé publique. Comme il l’a souligné : « Health taxes are not a silver bullet, and they’re not simple. They can be politically unpopular and they attract opposition from powerful industries with deep pockets and a lot to lose, but many countries have shown that when they’re done right, they’re a powerful tool for health. »[i]

Dans ce contexte, le début de l’année 2026 est marqué, en Europe, par une vague d’augmentations fiscales touchant les produits du tabac et, de plus en plus, les produits de la nicotine. Ces mesures sont presque systématiquement justifiées par des objectifs de santé publique, en particulier la réduction de la consommation, la prévention de l’initiation chez les jeunes et la diminution des inégalités sociales de santé. La Suisse, une fois encore, fait figure d’exception. Si des discussions sont bien en cours autour d’augmentations minimales de la fiscalité, celles-ci se heurtent déjà à une opposition frontale de l’industrie du tabac, qui mobilise ses arguments traditionnels avec vigueur.

En janvier 2026, presque toute l’Europe renforce la fiscalité du tabac et de la nicotine.

L’Autriche, l’Allemagne, la France et l’Italie ont toutes engagé des trajectoires de hausse progressives, prévisibles et pluriannuelles de la fiscalité du tabac et des produits nicotiniques, en cohérence avec les objectifs de santé publique.

En Suisse, en revanche, une fiscalité faible — largement influencée par les intérêts de l’industrie du tabac — continue de nuire gravement à la santé de la population.

Nous examinerons ici, pays par pays, le panorama des principales évolutions fiscales en Europe en matière de produits du tabac et de la nicotine. L’ensemble des pays qui entourent la Suisse — notamment l’Autriche, l’Allemagne, la France et l’Italie — se sont engagés dans une trajectoire de hausse progressive et continue de la fiscalité applicable à ces produits. À cela s’ajoutent des pays qui font figure, depuis plusieurs années, de références en matière de politique fiscale dissuasive, et qui poursuivent sans relâche cette dynamique, tels que l’Irlande, le Royaume-Uni et la Finlande. Plus récemment, des États moins attendus, notamment dans les Balkans, ont également amorcé un renforcement de leur fiscalité sur le tabac et la nicotine dans une optique de lutte contre le tabagisme, à l’image de la Croatie et du Monténégro.

Tableau : comparaison des quelques prix européens pour un paquet de cigarettes, une boite de sachet de nicotine et un paquet de cigarettes pour des appareils de tabac chauffé (données récoltées le 20.01.2026)
Pays 1 paquet de cigarettes (Marlboro Red) 1 boite de sachet de nicotine (Zyn, Velo) 1 paquet de cigarettes pour tabac chauffé (Terea)
Allemagne € 8.50-8.80 € 6.00 – 6.50 € 7.00 - 7.50
Autriche € 6.50-6.90 € 5.50 – 6.00 € 6.50 – 7.00
Finlande € 11.50 € 7.00 – 7.50 € 8.00 – 8.50
France € 13.00 - 13.50 € 6.50 – 7.00 € 8.50 – 9.00
Irlande € 18.00 – 19.00 € 8.00 – 9.00 € 10.00 – 11.00
Italie € 6.80 € 5.00 € 5,50
Royaume Uni £ 18.00 – 20.00 £ 7.00 – 8.00 £ 9.00 – 10.00
Suisse CHF 9.00 CHF 3.90 CHF 8.50

Allemagne

En Allemagne, la fiscalité du tabac et des produits de la nicotine est renforcée de manière progressive jusqu’en 2026, dans le cadre de la réforme dite de la modernisation de la taxe sur le tabac.[ii] Cette réforme vise à aligner la taxation de l’ensemble des produits nicotiniques, afin de réduire les écarts entre catégories et de soutenir les objectifs de santé publique.

Les cigarettes traditionnelles sont concernées par des hausses régulières des droits d’accise, appliquées par paliers successifs. Ces augmentations, de l’ordre de 10 à 15 centimes par paquet selon les années, se poursuivent jusqu’en 2026 et se traduisent par une augmentation progressive et prévisible des prix de vente au détail.[iii]

Le tabac chauffé est désormais soumis à une fiscalité nettement plus élevée qu’auparavant, avec un rapprochement explicite de son niveau d’imposition de celui des cigarettes classiques. En 2026, la charge fiscale sur les sticks de tabac chauffé augmente sensiblement, réduisant l’avantage de prix dont ces produits bénéficiaient jusque-là.

Par ailleurs, l’Allemagne a été l’un des premiers pays européens à introduire une taxe spécifique sur les liquides pour cigarettes électroniques, qu’ils contiennent ou non de la nicotine. Cette taxe augmente passe de 0.26 euro en 2025 à 0,32 euro par millilitre en 2026, ce qui représente une hausse d’environ 3,20 euros pour un flacon de 10 ml par rapport à l’absence totale de taxation avant la réforme.

Dans l’ensemble, cette évolution traduit une volonté claire des autorités allemandes de traiter de manière cohérente tous les produits contenant de la nicotine, en utilisant la fiscalité comme un levier central pour réduire l’accessibilité financière, en particulier pour les jeunes et les nouveaux usagers, tout en offrant un cadre fiscal prévisible à moyen terme. On peut clairement s’attendre à ce que l’Allemagne continue sur ce chemin d’augmentations des taxes sur ces produits aussi en 2027.

Autriche

En Autriche, la fiscalité sur le tabac et les produits de la nicotine est renforcée à partir de 2026 dans le cadre d’une réforme progressive s’étendant jusqu’en 2028. Les cigarettes traditionnelles sont concernées par une hausse des droits d’accise dès le début de l’année, avec un impact direct sur les prix de vente au détail.[iv]

Parallèlement, l’Autriche élargit sa fiscalité aux produits de la nicotine dits alternatifs. À partir du printemps 2026, les sachets de nicotine (nicotine pouches) et les liquides pour cigarettes électroniques entrent pour la première fois dans le champ de la taxation, tandis que le tabac chauffé est soumis à des augmentations progressives similaires à celles des cigarettes.

Ces hausses successives se traduisent par une augmentation continue des prix. Selon les estimations et les ajustements déjà observés sur le marché, le prix d’un paquet de cigarettes, situé autour de 6,20 à 6,50 euros en 2025, devrait se rapprocher de 7 euros en 2026 et atteindre environ 7,50 à 8 euros à l’horizon 2028, selon les marques.

Cette évolution s’inscrit dans une stratégie visant à réduire l’accessibilité financière des produits du tabac et de la nicotine, tout en alignant progressivement la fiscalité autrichienne sur les objectifs européens de santé publique.

France

En France, la fiscalité du tabac demeure un instrument central de la politique de santé publique, et cette orientation se confirme au début de l’année 2026. Les prix des cigarettes augmentent à nouveau au 1ᵉʳ janvier 2026, sous l’effet combiné d’une hausse des droits d’accise et de leur indexation automatique sur l’inflation. Selon les marques, les augmentations atteignent environ 40 à 50 centimes par paquet, portant le prix de nombreux paquets au-delà de 12,50 euros, et parfois au-dessus de 13 euros.[v] Le paquet de Marlboro Red, souvent adopté comme prix de référence et de comparaison international, va même passer à 13.5 euros.[vi]

Malgré les hausses successives de la fiscalité, les fabricants maintiennent des références autour de 11,50 euros, recourant à une stratégie de sous-répercussion fiscale (undershifting) visant à préserver l’accessibilité du tabac pour les consommateurs sensibles au prix.[vii] Cette pratique complique l’atteinte de l’objectif poursuivi par les autorités françaises, à savoir l’instauration d’un prix plancher proche de 13 euros par paquet, qui apparaît difficilement atteignable avant 2027.

L’évolution de la fiscalité en France s’inscrit dans une trajectoire de long terme définie par les plans nationaux de lutte contre le tabagisme, qui visent à réduire durablement la consommation en rendant le tabac de moins en moins accessible financièrement, en particulier pour les jeunes. L’objectif politique, régulièrement rappelé par les autorités françaises, est de maintenir une pression fiscale élevée et continue sur les produits du tabac au-delà de 2026, notamment à l’horizon 2027.

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Un paquet de Heets est vendu en Suisse et en France pratiquement au même prix, soit 8.50-9.50 €.
Mais la différence de taxation entre les deux pays est énorme!

Qui empoche la différence? L’industrie du tabac!

En ce qui concerne les produits de la nicotine dits alternatifs, la situation est plus contrastée. Un projet de taxe sur les liquides pour cigarettes électroniques avait été envisagé dans le cadre de la loi de finances 2026, mais il n’a finalement pas été retenu dans la version adoptée. Les e-liquides restent donc non soumis à une accise spécifique en 2026, même si le débat sur leur fiscalisation demeure ouvert et pourrait être relancé lors de prochaines discussions budgétaires.

Dans l’ensemble, la France poursuit ainsi une stratégie clairement orientée vers une hausse structurelle et durable de la fiscalité du tabac, tout en avançant plus prudemment sur la taxation des autres produits nicotiniques. Cette approche reflète une volonté de consolider les acquis en matière de baisse du tabagisme, tout en laissant ouvertes, pour les années à venir, les discussions sur l’extension du dispositif fiscal à l’ensemble des produits contenant de la nicotine.

De plus, la France a également mis fin, malgré les critiques invoquant un risque d’augmentation du commerce parallèle, aux exceptions fiscales applicables au tabac en Corse, alignant ainsi les prix des produits du tabac sur ceux pratiqués dans le reste du pays.[viii] Depuis 1811, un décret napoléonien permettait en effet à l’île de bénéficier d’un régime fiscal dérogatoire, se traduisant par une réduction d’environ 25 % du prix du tabac. Cette décision illustre la volonté des autorités françaises de réduire les disparités territoriales de prix, régulièrement exploitées par l’industrie du tabac pour contester les hausses fiscales et alimenter l’argument du commerce parallèle.

Italie

En Italie, les prix des produits du tabac et de la nicotine augmentent dès le début de l’année 2026 à la suite de nouvelles hausses des droits d’accise prévues par la loi de finances. Cette réforme s’inscrit dans une stratégie fiscale progressive sur plusieurs années, couvrant la période 2026–2028.[ix]

Pour les cigarettes traditionnelles, la hausse se traduit en 2026 par une augmentation moyenne d’environ 15 centimes d’euro par paquet par rapport à 2025. Cette augmentation n’est qu’une première étape : des hausses supplémentaires sont déjà prévues, de l’ordre de 25 centimes en 2027 puis 40 centimes en 2028, ce qui entraînera une progression sensible et continue des prix de vente au détail.

Les tabacs à rouler sont plus fortement touchés : le prix d’un paquet standard de 30 grammes augmente d’environ 50 centimes en 2026, reflétant une volonté de réduire l’écart de prix entre les différentes formes de consommation du tabac.

Les produits de la nicotine dits “alternatifs”, tels que le tabac chauffé et les cigarettes électroniques, sont également concernés par les nouvelles accises. Les hausses appliquées à ces produits restent toutefois plus modérées, se traduisant par des augmentations de quelques centimes, mais elles confirment une tendance à l’alignement progressif de la fiscalité sur l’ensemble des produits contenant de la nicotine.

Concrètement, un paquet de cigarettes vendu autour de 5,30 à 5,50 euros en 2025 atteint en moyenne 5,45 à 5,65 euros en 2026, puis environ 5,70 à 5,90 euros en 2027, pour atteindre près de 6,10 à 6,30 euros en 2028, selon les marques et les segments de prix. Ces augmentations s’inscrivent à la fois dans un objectif budgétaire et dans une logique de santé publique, visant à réduire l’accessibilité financière des produits du tabac par des hausses régulières, prévisibles et étalées dans le temps.

Irlande

En Irlande, la fiscalité du tabac est depuis longtemps utilisée comme un levier central de santé publique, avec une politique assumée d’augmentations régulières, élevées et prévisibles. Le pays figure aujourd’hui parmi ceux où les prix du tabac sont les plus élevés d’Europe, résultat d’une stratégie de long terme visant explicitement à réduire la consommation et prévenir l’initiation, en particulier chez les jeunes.

Déjà en octobre 2025, cette orientation s’est confirmée. Les droits d’accise sur les cigarettes et le tabac à rouler ont été à nouveau relevés dans le cadre du budget, entraînant une hausse supplémentaire des prix de vente au détail. Le prix d’un paquet de cigarettes dépasse désormais largement les 15 euros, certaines références atteignant même le prix de 18.95 euros.[x] Ces niveaux de prix reflètent une volonté politique claire de maintenir une pression fiscale forte et continue, indépendamment des critiques récurrentes liées au commerce transfrontalier ou parallèle.

L’Irlande s’inscrit par ailleurs dans une vision stratégique ambitieuse, avec l’objectif officiel d’un pays « smoke-free » à l’horizon 2035. Dans ce contexte, la fiscalité est conçue non comme une mesure ponctuelle, mais comme un instrument structurel, appelé à évoluer régulièrement dans le temps.

S’agissant des produits de la nicotine dits alternatifs, tels que les cigarettes électroniques, l’Irlande n’applique pas encore, à ce stade, de taxe d’accise spécifique sur les e-liquides comparable à celle introduite au Royaume-Uni. Néanmoins, le débat est bien engagé au niveau politique et administratif, notamment en lien avec les préoccupations croissantes concernant l’usage de la vape chez les jeunes. Plusieurs signaux indiquent que l’extension de la fiscalité aux produits de vapotage reste une option ouverte pour les années à venir, en cohérence avec l’approche globale de lutte contre la dépendance à la nicotine.

Dans l’ensemble, l’Irlande poursuit une trajectoire cohérente, stricte et de long terme en matière de taxation du tabac. Compte tenu des objectifs de santé publique clairement affichés et du consensus politique relativement large sur l’usage de la fiscalité comme outil dissuasif, il est hautement probable que cette stratégie se poursuive au-delà de 2026, y compris en 2027 et dans les années suivantes, tant pour le tabac combustible que, potentiellement, pour d’autres produits contenant de la nicotine.

Finlande

En Finlande, les taxes sur les produits du tabac et de la nicotine augmentent de manière significative à partir de 2026. La taxation des sachets de nicotine progresse d’environ 37 %, ce qui porte le prix d’un conditionnement standard d’environ 5 € à près de 7 €. Dans le même temps, le prix moyen d’un paquet de cigarettes s’établit autour de 11,50 €, dont plus de 90 % correspond à des taxes.

Cette réforme s’inscrit dans une trajectoire fiscale clairement définie : la fiscalité du tabac continue d’augmenter par paliers semestriels jusqu’à la mi-2027. Cette approche progressive répond à un objectif explicite de santé publique, visant à réduire durablement l’accessibilité financière des produits du tabac et de la nicotine, en particulier auprès des jeunes, et à soutenir la diminution de leur consommation.[xi]

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Les pays européens les plus avancés en matière de lutte contre le tabagisme — dotés de politiques complètes et cohérentes — sont l’Irlande et le Royaume-Uni, contrairement à la Suisse, qui reste en retrait sur ces enjeux.

Royaume Uni

Au Royaume-Uni, la fiscalité du tabac constitue depuis de nombreuses années un pilier central de la politique de santé publique, avec une stratégie assumée d’augmentations régulières et prévisibles. Les droits d’accise sur les cigarettes et le tabac à rouler sont traditionnellement relevés chaque année selon un mécanisme d’« escalator », combinant l’inflation et une hausse supplémentaire destinée à réduire la consommation.

Au début de l’année 2026, cette approche se poursuit : les taxes sur les cigarettes et le tabac à rouler augmentent à nouveau, ce qui se traduit par une hausse de plusieurs dizaines de pence par paquet, consolidant des niveaux de prix déjà parmi les plus élevés d’Europe.[xii] Cette évolution correspond à une hausse de plus de 9,8 % du taux minimum d’accise en moins d’un an, une augmentation qui se répercute directement sur les prix de vente au détail.

Les données disponibles illustrent déjà clairement l’impact de ces hausses fiscales. En 2025, le prix moyen d’un paquet de 20 cigarettes au Royaume-Uni est généralement estimé entre 16 et 18 livres sterling, selon les marques et les régions. À la suite des dernières augmentations de droits, certaines analyses situent désormais le prix moyen d’un paquet autour de 17,74 livres, reflétant à la fois l’application des hausses automatiques de l’accise et l’anticipation par les fabricants des augmentations à venir.

Les perspectives pour 2026 confirment cette tendance à la hausse. Avec la nouvelle augmentation prévue en octobre 2026 — combinant l’indexation sur l’inflation (RPI + 2 %) et une hausse supplémentaire de 2,20 livres par 100 cigarettes — plusieurs estimations indiquent que le prix d’un paquet pourrait dépasser les 20 livres, en particulier pour les marques les plus vendues. À titre de comparaison, certaines marques internationales comme Marlboro atteignent déjà en 2025 des niveaux de prix compris entre 18 et 20 livres, selon les points de vente.

Ces augmentations s’inscrivent dans un contexte politique clairement assumé. L’un des objectifs explicites du gouvernement britannique est d’atteindre une « smoke-free generation » d’ici 2030, en combinant fiscalité, réglementation et mesures de prévention. Si la taxation n’est pas le seul levier mobilisé, elle demeure un instrument central de la politique de santé publique, régulièrement présenté comme un moyen efficace de réduire l’accessibilité financière des cigarettes et, partant, de faire reculer le tabagisme.

Parallèlement, le Royaume-Uni franchit une étape majeure en matière de fiscalité de la nicotine en introduisant, à partir du 1er octobre 2026, une taxe spécifique sur les liquides pour cigarettes électroniques (Vaping Products Duty).[xiii] Cette taxe prendra la forme d’un prélèvement forfaitaire de 2,20 £ par 10 ml, applicable indépendamment de la présence de nicotine. Avec la TVA, la hausse de prix atteindra 2,64 £ par flacon de 10 ml. L’objectif affiché est double : réduire l’attractivité du vapotage chez les jeunes et les non-fumeurs, tout en maintenant un signal-prix dissuasif cohérent avec celui appliqué au tabac. Les autorités estiment qu’environ 5,1 millions de vapoteurs seront concernés. La mesure devrait générer 135 millions de livres de recettes en 2026-2027, puis jusqu’à 565 millions par an d’ici 2030-2031, tout en contribuant à des effets positifs sur la santé publique. Les liquides de vape au CBD seront également soumis à la taxe. Dès avril 2027, un timbre fiscal obligatoire sera introduit afin d’améliorer la traçabilité et de lutter contre le commerce illicite.

Croatie

En Croatie, la fiscalité du tabac et des produits de la nicotine a été sensiblement renforcée au 1ᵉʳ janvier 2026, dans le cadre d’une stratégie visant à accroître progressivement les recettes fiscales tout en poursuivant des objectifs explicites de santé publique.[xiv]

Les droits d’accise sur les cigarettes ont été relevés sur plusieurs composantes. L’accise spécifique est portée à 59,10 € par 1 000 cigarettes, tandis que la part proportionnelle s’élève désormais à 34 % du prix de vente au détail. Surtout, le niveau minimal d’accise a été augmenté à 130,60 € par 1 000 cigarettes, ce qui représente une hausse de près de 7 % par rapport au niveau antérieur. Ces ajustements mécaniques entraînent une augmentation directe des prix de vente au détail.

Dans les faits, cette réforme s’est traduite par une hausse moyenne d’environ 20 centimes par paquet, soit une augmentation de l’ordre de 4 à 6 % selon les marques. Malgré cette progression, les prix restent relativement bas : un paquet de cigarettes vendu autour de 4,80 à 5,30 euros en 2025 atteint désormais environ 5,00 à 5,50 euros en 2026, un niveau encore très inférieur à celui observé dans la plupart des pays d’Europe occidentale.

La réforme ne se limite pas aux cigarettes. Le tabac à rouler et les autres tabacs à fumer sont désormais taxés à 126,90 € par kilogramme, tandis que le tabac chauffé est soumis à une accise de 211,30 € par kilogramme. Les e-liquides pour cigarettes électroniques font également l’objet d’une nouvelle taxation spécifique, fixée à 0,25 € par millilitre, marquant une rupture nette avec la situation antérieure où ces produits étaient peu ou pas taxés.

Selon les estimations gouvernementales, l’ensemble de ces hausses devrait générer plus de 120 millions d’euros de recettes supplémentaires en 2026. Les autorités ont toutefois opté pour une augmentation graduelle, afin de limiter les effets de rupture tout en envoyant un signal-prix clair aux consommateurs dans un pays où la prévalence du tabagisme demeure élevée.

Cette évolution place la Croatie dans une dynamique de convergence européenne, même si le pays reste encore bien en deçà des niveaux de taxation et de prix pratiqués en Europe de l’Ouest. Elle illustre néanmoins une volonté affirmée d’inscrire la fiscalité du tabac et de la nicotine dans une trajectoire ascendante et de long terme.

Monténégro

Dans les Balkans, la hausse de la fiscalité du tabac ne concerne pas uniquement la Croatie : le Monténégro procède lui aussi à une augmentation de la taxation, en mettant en place une véritable stratégie d’augmentations progressives et de long terme. À partir du lundi 19 janvier 2026, le prix des cigarettes augmentera de 20 à 50 centimes par paquet dans les points de vente, à la suite d’une nouvelle hausse des droits d’accise annoncée par le ministère des Finances.[xv]

Selon les marques et les formats, les nouveaux prix varient sensiblement. Par exemple, certains paquets de atteignent désormais 6 euros, tandis que d’autres références se situent entre 4 et 4,60 euros. Des cigarettes d’entrée de gamme comme les Winston verront également leurs prix augmenter, avec des paquets vendus entre 3 et 3,80 euros. Le ministère des Finances avait indiqué dès la mi-décembre que cette hausse correspondait à une augmentation moyenne d’environ 20 centimes par paquet, soit environ 7,7 %, directement liée à l’augmentation de la fiscalité sur le tabac.

Cette mesure s’inscrit dans une stratégie fiscale à long terme : cinq nouvelles hausses similaires sont prévues tous les six mois jusqu’à fin 2028. À terme, le gouvernement prévoit que le paquet de cigarettes le moins cher vendu légalement coûtera plus de 4 euros. L’objectif affiché est à la fois budgétaire et de santé publique, en réduisant progressivement l’accessibilité financière des cigarettes par des augmentations régulières et prévisibles de la taxation.

Union Européenne : le chemin vers une harmonisation fiscale de la taxation du tabac et de la nicotine

Au niveau de l’Union européenne, les discussions sur l’harmonisation fiscale de la taxation du tabac ont franchi une étape importante en 2025, avec la proposition de la Commission européenne de réviser la directive sur la taxation du tabac (Directive 2011/64/UE), un cadre inchangé depuis plus d’une décennie. Cette révision vise à relever les taux minimaux d’accise, à réduire les écarts de prix entre États membres et à étendre la fiscalité à l’ensemble des produits contenant de la nicotine, y compris le tabac chauffé, les e-liquides et les sachets de nicotine.

L’objectif affiché est double : renforcer l’efficacité des taxes comme outil de santé publique et adapter la fiscalité aux évolutions rapides du marché, en cohérence avec la stratégie européenne de lutte contre le cancer. La Commission souligne que les disparités actuelles de taxation affaiblissent l’impact dissuasif des prix et favorisent les achats transfrontaliers.

Les propositions font toutefois l’objet de débats politiques intenses au sein du Conseil et du Parlement européen. Si de nombreux acteurs de santé publique soutiennent une harmonisation ambitieuse, plusieurs États membres et l’industrie du tabac expriment des réserves, notamment sur le rythme et l’ampleur des hausses. À ce stade, une entrée en vigueur autour de 2028 est évoquée, sous réserve de l’issue des négociations législatives en cours.

…et pendant ce temps, la Suisse reste à la traîne.

Alors que la grande majorité des pays européens ont engagé – ou poursuivent – des trajectoires claires, progressives et assumées de hausse de la fiscalité du tabac et de la nicotine, la Suisse continue d’apparaître comme une exception négative. La taxation des cigarettes est pratiquement inchangée depuis 2013, résultat d’une opposition persistante et organisée du lobby pro-tabac au sein du Parlement. Quant aux produits du tabac chauffé, ils bénéficient toujours d’un traitement fiscal de faveur, avec un taux d’imposition d’environ 16 %, largement insuffisant au regard de leurs risques et de leur diffusion croissante — au bénéfice quasi exclusif de l’industrie.

Depuis 2013, les taxes sur les cigarettes en Suisse n’ont pas augmenté d’un seul centime.

La situation est tout aussi préoccupante pour les produits de la nicotine. La fiscalité demeure faible, fragmentée et peu lisible, sans réelle stratégie de santé publique. Les cigarettes électroniques et les liquides de vape ont longtemps échappé à toute taxation spécifique, et l’impôt fédéral récemment introduit reste modeste et non dissuasif.

À l’heure où l’Union européenne, les pays voisins et de nombreux États comparables utilisent pleinement la fiscalité comme outil central de santé publique, la Suisse persiste dans une approche minimaliste qui affaiblit ses politiques de prévention et retarde son alignement sur les standards internationaux. La question n’est donc plus de savoir si une réforme fiscale ambitieuse est nécessaire, mais combien de temps encore la Suisse va se plier à l’influence néfaste de l’industrie du tabac.

Luciano Ruggia, 23.01.2026

[i] https://www.telegraph.co.uk/global-health/science-and-disease/cheaper-alcohol-sugary-drinks-fuel-rise-lifestyle-diseases/

[ii] https://se-legal.de/tax-lawyers-germany/germany-tobacco-tax-laws-2022

[iii] https://www.zoll.de/DE/Fachthemen/Steuern/Verbrauchsteuern/Grundsaetzliche-Regelungen/Verbrauchsteuersaetze/verbrauchsteuersaetze_node.html

[iv] https://kurier.at/wirtschaft/tabak-tabaksteuer-zigaretten-rauchen-nikotinbeutel/403117471?utm_source=chatgpt.com

[v] https://www.douane.gouv.fr/sites/default/files/2025-12/16/Maquette%20JORF%201er%20janvier%202026.pdf

[vi] https://www.leparisien.fr/economie/consommation/jusqua-50-centimes-de-plus-pour-les-marlboro-red-pourquoi-les-prix-de-certaines-cigarettes-augmentent-au-1er-janvier-12-12-2025-HAX52VE3FNCEXDNMISSXHPJVLU.php

[vii] https://www.tf1info.fr/sante/des-hausses-jusqu-a-50-centimes-le-prix-des-cigarettes-va-encore-augmenter-en-2026-2412479.html

[viii] https://www.leparisien.fr/haute-corse-2b/fini-les-cigarettes-moins-cheres-en-corse-10-01-2026-IBJZLHIY4BHTLCXFMS26BQCISM.php

[ix] https://tg24.sky.it/economia/2026/01/03/rincari-2026-aumenti-sigarette-autostrade-benzina?card=3

https://tg24.sky.it/economia/2025/10/29/aumento-sigarette-prezzi

https://www.unsertirol24.com/2025/12/14/ab-2026-wird-rauchen-teurer/

[x] https://tobaccoreporter.com/2025/10/09/ireland-increases-cigarette-prices

[xi] https://www.helsinkitimes.fi/finland/finland-news/domestic/28364-finland-s-2026-tax-changes-higher-prices-for-alcohol-and-tobacco-fuel-costs-down.html

https://yle.fi/a/74-20121721?sender_campaign=elWLG5&sender_ctype=email&sender_customer=gLjNMMD&utm_campaign=NSP+News+Digest+-+1+November+2024&utm_medium=email&utm_source=newsletter

[xii] https://www.gov.uk/government/publications/tobacco-duty-rate-changes/changes-to-tobacco-duty-rates-from-26-november-2025-and-1-october-2026

[xiii] https://www.gov.uk/government/publications/introduction-of-vaping-products-duty-from-1-october-2026/introduction-of-vaping-products-duty-from-1-october-2026

[xiv] https://www.portal.hr/en/novosti/hr/103430-primorac-od-1-sijecnja-2027-ukidanje-poreza-na-dohodak-od-mirovina

https://www.thedubrovniktimes.com/news/croatia/item/19207-cigarette-prices-in-croatia-to-rise-as-excise-duties-increase-in-2026

https://www.index.hr/vijesti/clanak/od-nove-godine-poskupljuju-cigarete/2745164.aspx

https://www.croatiaweek.com/croatia-tobacco-tax-increase-cigarettes-e-liquids/

[xv] https://en.vijesti.me/news-b/economy-d/791183/Cigarettes-to-increase-in-price-by-20-to-50-cents-from-Monday

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